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Valentin et Anastasie GACHIGNARD

    (1857–1931) – (1859–1938)

Au sein de cette lignée familiale, l’histoire de mes arrière-grands-parents, Valentin et Anastasie GACHIGNARD, occupe une place particulière. Leur parcours illustre à la fois l’attachement aux racines rurales et la capacité d’adaptation face aux évolutions du monde agricole. À travers leur vie, c’est toute une époque du bas poitou qui se révèle, entre traditions familiales et mutations sociales.


Paysans vendéens et deux sévriens, témoins d’un monde rural en mutation

Valentin GACHIGNARD voit le jour le 12 octobre 1857 au village de La Foraire, dans la commune du Breuil-Barret, au sud de la Vendée. Ce petit coin de bocage, fait de haies, de chemins creux et de champs étroits, est alors typique du paysage vendéen de la seconde moitié du XIXᵉ siècle : un monde rural dense, vivant au rythme des saisons, où chaque famille tire sa subsistance d’une terre âpre mais féconde.

Il est le fils d’Henri GACHIGNARD, cultivateur de quarante et un ans, et de Louise BONNIN, âgée de trente-sept ans. Mais la vie du petit Valentin bascule tôt : sa mère meurt le 17 février 1859, alors qu’il n’a que seize mois. Cette disparition marque le premier drame d’une enfance que l’on imagine modeste et laborieuse.

Son père, désormais veuf avec cinq enfants, se remarie le 28 mai 1861 avec Jeanne JUILLET, veuve d’André GILLE. Valentin, à peine âgé de quatre ans, grandit dans un foyer recomposé, comme beaucoup d’enfants de son temps. Dans les campagnes de la Vendée d’alors, les familles nombreuses, les remariages et les solidarités villageoises forment un tissu social serré, où le travail de la terre soude les générations.

La jeunesse et l’installation

Devenu jeune homme, Valentin quitte sa commune natale pour gagner le département voisin des Deux-Sèvres, où la terre est un peu plus généreuse et les fermes parfois plus vastes. Il s’installe au village de La Maison Neuve, sur la commune de Secondigny, région de bocage et d’élevage. Là, il rencontre Anastasie PERRAULT, née le 17 septembre 1859 au hameau de L’Étang, commune de Neuvy-Bouin. Fille de cultivateurs, Anastasie connaît, comme Valentin, la rude vie des fermes : les corvées quotidiennes, la traite, les labours, les longues veillées à la chandelle.

Le 27 juin 1882, ils unissent leurs vies à Secondigny. Le mariage est aussi une alliance de familles rurales, comme souvent dans ces milieux où la stabilité et le travail priment sur la fortune.

Les premières années du couple se déroulent dans les Deux-Sèvres. Cinq enfants naissent, mais deux filles meurent en bas âge — tragédie malheureusement fréquente à l’époque : la mortalité infantile reste élevée dans les campagnes du XIXᵉ siècle. Trois enfants grandiront : Baptiste, Valentine, et Jules, ce dernier né seize ans après son frère aîné.

Retour en Vendée

Entre 1893 et 1895, Valentin et Anastasie quittent les Deux-Sèvres pour revenir en Vendée, à Cheffois, commune proche du lieu de naissance de Valentin. Ce retour marque probablement un tournant : peut-être ont-ils repris une petite ferme ou suivi des opportunités agricoles locales. C’est là que Valentin perd son père, Henri GACHIGNARD, décédé le 22 octobre 1897. Deux ans plus tard, le 1er juin 1899, naît leur dernier enfant, Jules, à Cheffois.

Au tournant du siècle, le couple s’installe dans la commune voisine de Saint-Pierre-du-Chemin, au hameau de La Gratelière. C’est une époque charnière pour les campagnes : le monde rural reste encore dominant, mais les mutations commencent à se faire sentir. Les outils s’améliorent, les routes s’ouvrent, les foires deviennent plus accessibles. L’électricité et le téléphone restent rares, mais les journaux circulent ; la vie s’ancre encore dans la tradition, mais l’horizon s’élargit peu à peu.

Une famille enracinée

Les enfants de Valentin et Anastasie grandissent dans cette atmosphère de labeur, d’ordre et de solidarité.

​     - Baptiste, l’aîné, épouse Augustine CRÉPIER et s’installe à Saint-Pierre-du-Chemin, avant de s’établir à Épannes, dans les Deux-Sèvres.

    - Valentine unit sa vie à Louis BRILLANCEAU et part vivre à Usseau, non loin.

    - Enfin, Jules, le benjamin, épouse à son tour Henriette CRÉPIER, la sœur d’Augustine. Deux frères GACHIGNARD unis à deux sœurs CRÉPIER : un double lien matrimonial rare, symbole d’une forte entente entre les familles.

La descendance de Valentin et Anastasie s’étend ainsi des terres vendéennes aux plaines deux sévriennes, entre Saint-Pierre-du-Chemin, Épannes et Usseau. Ces enfants, puis leurs propres descendants, accompagneront les mutations du XXᵉ siècle : l’arrivée du machinisme agricole, la Première Guerre mondiale, puis la lente modernisation du monde paysan.

Les dernières années à Saint-Cyr-des-Gâts

Vers 1925, après plus de vingt ans passés à Saint-Pierre-du-Chemin, Valentin et Anastasie quittent la ferme de La Gratelière pour s’installer au hameau de Brébaudet, commune de Saint-Cyr-des-Gâts. Ils y vivent auprès de leur fils Jules, de son épouse Henriette et de leurs jeunes enfants Camille et Madeleine. Le recensement de 1926 mentionne leur foyer élargi, où vit aussi un domestique agricole, Marcel Deborde — pratique courante dans les exploitations rurales d’alors.

La vieillesse de Valentin se déroule dans la continuité du travail agricole, entouré des siens. Il meurt le 29 octobre 1931, à l’âge de soixante-quatorze ans, dans cette même maison de Brébaudet. Il repose dans le cimetière de Saint-Cyr-des-Gâts, au cœur du bocage qu’il a cultivé toute sa vie.

Anastasie, désormais veuve, continue de vivre auprès de son fils Jules jusqu’en 1936, date à laquelle la famille quitte la Vendée pour s’installer à Prin-Deyrançon, dans les Deux-Sèvres. Ce dernier déménagement la rapproche de ses deux autres enfants, Baptiste et Valentine. C’est là qu’elle s’éteint le 23 juin 1938, à soixante-dix-neuf ans. Son corps est ramené à Saint-Cyr-des-Gâts pour reposer auprès de son époux.

Héritage

À travers la vie de Valentin et d’Anastasie se dessine tout un pan de l’histoire rurale française : celle d’une génération laborieuse, enracinée dans la terre et les traditions, mais traversant les premières secousses de la modernité. Leur parcours, du bocage vendéen aux plaines deux-sévriennes, incarne la stabilité, la fidélité au travail et la force du lien familial. Leur souvenir perdure dans les villages où ils ont vécu, et dans la mémoire de leurs nombreux descendants — témoins, à leur tour, d’un monde disparu mais fondateur.

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Famille Gachignard au complet en 1907 

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