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FAMILLE GACHIGNARD

Depuis le premier ancêtre identifié, Jacques GACHIGNARD, jusqu’aux parcours de Camille et Léonne , l’histoire de la famille GACHIGNARD traverse les siècles et accompagne les grandes mutations du monde rural français. Chaque génération, avec ses espoirs, ses épreuves et ses choix, a contribué à façonner une identité familiale forte, enracinée dans la terre mais ouverte aux évolutions de la société. À travers les souvenirs, les regrets et les espoirs transmis, c’est la mémoire vivante d’un nom et d’une lignée qui se perpétue, offrant à leurs descendants un héritage de valeurs, de solidarité et de fidélité à leurs racines.

L’histoire de la famille GACHIGNARD trouve ses origines dans le Marais poitevin, à la frontière de la Vendée, des Deux-Sèvres et de la Charente-Maritime. Le plus ancien ancêtre identifié, Jacques GACHIGNARD, né en 1639 à Payré-sur-Vendée, marque le début d’une lignée solidement implantée dans le Bas-Poitou.

Deux branches principales se sont distinguées au fil des générations : l’une dans le Sud-Vendée et le Marais poitevin (Payré-sur-Vendée, Foussais-Payré, Sainte-Christine, Nieul-sur-l’Autise), l’autre en Charente-Maritime (Saint-Jean-d’Angély, Aulnay, Loulay). Ces territoires ont façonné l’identité et les traditions familiales.

Aujourd’hui, environ 4 500 personnes portent le nom GACHIGNARD en France. Si le Marais poitevin demeure le berceau historique, la famille s’est largement dispersée à travers le pays.

Historiquement, les GACHIGNARD étaient principalement agriculteurs, éleveurs ou bateliers, mais aussi artisans (sabotiers, maréchaux-ferrants, charpentiers, tuiliers) et commerçants. L’exode rural a conduit les générations suivantes vers d’autres secteurs : industrie, commerce, fonction publique, professions libérales. Certains membres se sont distingués dans la culture ou le sport, à l’image de Pierre GACHIGNARD, auteur d’un dictionnaire du patois local, ou de Thomas GACHIGNARD, cycliste professionnel.

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Dictionnaire du patois du Marais poitevin : particulièrement celui du canton de Maillezais et des communes voisines de Vendée, Charente-Maritime et Deux-Sèvres. Marseille : J. Laffitte, 1983.

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Thomas Gachignard, né le 17 août 2000 à Niort

Valentin et Anastasie GACHIGNARD

(1857–1931) – (1859–1938)

Au sein de cette lignée familiale, l’histoire de mes arrière-grands-parents, Valentin et Anastasie GACHIGNARD, occupe une place particulière. Leur parcours illustre à la fois l’attachement aux racines rurales et la capacité d’adaptation face aux évolutions du monde agricole. À travers leur vie, c’est toute une époque du Marais poitevin qui se révèle, entre traditions familiales et mutations sociales.


Paysans vendéens et deux sévriens, témoins d’un monde rural en mutation

Valentin GACHIGNARD voit le jour le 12 octobre 1857 au village de La Foraire, dans la commune du Breuil-Barret, au sud de la Vendée. Ce petit coin de bocage, fait de haies, de chemins creux et de champs étroits, est alors typique du paysage vendéen de la seconde moitié du XIXᵉ siècle : un monde rural dense, vivant au rythme des saisons, où chaque famille tire sa subsistance d’une terre âpre mais féconde.

Il est le fils d’Henri GACHIGNARD, cultivateur de quarante et un ans, et de Louise BONNIN, âgée de trente-sept ans. Mais la vie du petit Valentin bascule tôt : sa mère meurt le 17 février 1859, alors qu’il n’a que seize mois. Cette disparition marque le premier drame d’une enfance que l’on imagine modeste et laborieuse.

Son père, désormais veuf avec cinq enfants, se remarie le 28 mai 1861 avec Jeanne JUILLET, veuve d’André GILLE. Valentin, à peine âgé de quatre ans, grandit dans un foyer recomposé, comme beaucoup d’enfants de son temps. Dans les campagnes de la Vendée d’alors, les familles nombreuses, les remariages et les solidarités villageoises forment un tissu social serré, où le travail de la terre soude les générations.

La jeunesse et l’installation

Devenu jeune homme, Valentin quitte sa commune natale pour gagner le département voisin des Deux-Sèvres, où la terre est un peu plus généreuse et les fermes parfois plus vastes. Il s’installe au village de La Maison Neuve, sur la commune de Secondigny, région de bocage et d’élevage. Là, il rencontre Anastasie PERRAULT, née le 17 septembre 1859 au hameau de L’Étang, commune de Neuvy-Bouin. Fille de cultivateurs, Anastasie connaît, comme Valentin, la rude vie des fermes : les corvées quotidiennes, la traite, les labours, les longues veillées à la chandelle.

Le 27 juin 1882, ils unissent leurs vies à Secondigny. Le mariage est aussi une alliance de familles rurales, comme souvent dans ces milieux où la stabilité et le travail priment sur la fortune.

Les premières années du couple se déroulent dans les Deux-Sèvres. Cinq enfants naissent, mais deux filles meurent en bas âge — tragédie malheureusement fréquente à l’époque : la mortalité infantile reste élevée dans les campagnes du XIXᵉ siècle. Trois enfants grandiront : Baptiste, Valentine, et Jules, ce dernier né seize ans après son frère aîné.

Retour en Vendée

Entre 1893 et 1895, Valentin et Anastasie quittent les Deux-Sèvres pour revenir en Vendée, à Cheffois, commune proche du lieu de naissance de Valentin. Ce retour marque probablement un tournant : peut-être ont-ils repris une petite ferme ou suivi des opportunités agricoles locales. C’est là que Valentin perd son père, Henri GACHIGNARD, décédé le 22 octobre 1897. Deux ans plus tard, le 1er juin 1899, naît leur dernier enfant, Jules, à Cheffois.

Au tournant du siècle, le couple s’installe dans la commune voisine de Saint-Pierre-du-Chemin, au hameau de La Gratelière. C’est une époque charnière pour les campagnes : le monde rural reste encore dominant, mais les mutations commencent à se faire sentir. Les outils s’améliorent, les routes s’ouvrent, les foires deviennent plus accessibles. L’électricité et le téléphone restent rares, mais les journaux circulent ; la vie s’ancre encore dans la tradition, mais l’horizon s’élargit peu à peu.

Une famille enracinée

Les enfants de Valentin et Anastasie grandissent dans cette atmosphère de labeur, d’ordre et de solidarité.

​     - Baptiste, l’aîné, épouse Augustine CRÉPIER et s’installe à Saint-Pierre-du-Chemin, avant de s’établir à Épannes, dans les Deux-Sèvres.

    - Valentine unit sa vie à Louis BRILLANCEAU et part vivre à Usseau, non loin.

    - Enfin, Jules, le benjamin, épouse à son tour Henriette CRÉPIER, la sœur d’Augustine. Deux frères GACHIGNARD unis à deux sœurs CRÉPIER : un double lien matrimonial rare, symbole d’une forte entente entre les familles.

La descendance de Valentin et Anastasie s’étend ainsi des terres vendéennes aux plaines deux sévriennes, entre Saint-Pierre-du-Chemin, Épannes et Usseau. Ces enfants, puis leurs propres descendants, accompagneront les mutations du XXᵉ siècle : l’arrivée du machinisme agricole, la Première Guerre mondiale, puis la lente modernisation du monde paysan.

Les dernières années à Saint-Cyr-des-Gâts

Vers 1925, après plus de vingt ans passés à Saint-Pierre-du-Chemin, Valentin et Anastasie quittent la ferme de La Gratelière pour s’installer au hameau de Brébaudet, commune de Saint-Cyr-des-Gâts. Ils y vivent auprès de leur fils Jules, de son épouse Henriette et de leurs jeunes enfants Camille et Madeleine. Le recensement de 1926 mentionne leur foyer élargi, où vit aussi un domestique agricole, Marcel Deborde — pratique courante dans les exploitations rurales d’alors.

La vieillesse de Valentin se déroule dans la continuité du travail agricole, entouré des siens. Il meurt le 29 octobre 1931, à l’âge de soixante-quatorze ans, dans cette même maison de Brébaudet. Il repose dans le cimetière de Saint-Cyr-des-Gâts, au cœur du bocage qu’il a cultivé toute sa vie.

Anastasie, désormais veuve, continue de vivre auprès de son fils Jules jusqu’en 1936, date à laquelle la famille quitte la Vendée pour s’installer à Prin-Deyrançon, dans les Deux-Sèvres. Ce dernier déménagement la rapproche de ses deux autres enfants, Baptiste et Valentine. C’est là qu’elle s’éteint le 23 juin 1938, à soixante-dix-neuf ans. Son corps est ramené à Saint-Cyr-des-Gâts pour reposer auprès de son époux.

Héritage

À travers la vie de Valentin et d’Anastasie se dessine tout un pan de l’histoire rurale française : celle d’une génération laborieuse, enracinée dans la terre et les traditions, mais traversant les premières secousses de la modernité. Leur parcours, du bocage vendéen aux plaines deux-sévriennes, incarne la stabilité, la fidélité au travail et la force du lien familial. Leur souvenir perdure dans les villages où ils ont vécu, et dans la mémoire de leurs nombreux descendants — témoins, à leur tour, d’un monde disparu mais fondateur.

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Famille Gachignard au complet en 1907 

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Prin entrée du bourg
Le grand-père et sa jument « Mignone »
 

À l’entrée du bourg de Prin, une scène typique des années 60 se dessine : un cheval de trait, Mignone, avance paisiblement, attelée à un rouleau agricole. Sur l'mage de l’époque, on ne distingue pas clairement la personne assise derrière le cheval, mais le contexte est si fidèle que j’ai immédiatement reconnu le village de Prin Deyrançon où il habitait.

Pour rendre cette scène encore plus vivante, j’ai utilisé l’intelligence artificielle afin de transformer cette image en une courte vidéo animée de cinq secondes. Ce mouvement redonne vie à l’instant figé : on perçoit le pas tranquille de Mignone, le rouleau qui suit, et toute l’atmosphère rurale des années 60. Même si la silhouette du grand-père reste indistincte, l’animation fait ressentir la complicité silencieuse entre l’homme et l’animal, et fait revivre, le temps d’un instant, ce monde paysan aujourd’hui disparu.

Le rouleau suit le pas tranquille de Mignone, tassant la terre fraîchement semée, préparant le lit des futures moissons. On ressent, à travers cette scène, la complicité silencieuse entre l’homme et son cheval, forgée au fil des saisons et des années. Il suffisait d’un geste ou d’une parole douce pour guider l’animal, comme si chacun comprenait l’autre sans effort.

Dans les années 1960, ce mode de vie touchait à sa fin. Pépé Jules, continuait à cultiver la mojette demi-sec du Marais, ce haricot si cher à la région. Le village de Prin, aux portes du Marais poitevin, vivait encore au rythme de cette culture.

L’été, enfants et grands-parents se retrouvaient pour ramasser les mojettes, les mettre en gousses dans les sacs. Pour nous, les enfants, cela semblait parfois une corvée, mais avec le temps, ces journées sont devenues de bons souvenirs  : les rires, les conversations, les goûters à l’ombre, la fierté de participer.

Cette image, désormais animée, raconte plus qu’une simple scène de campagne : elle témoigne de la fin d’un monde paysan. Le cheval de trait allait bientôt céder la place au tracteur, la mécanisation transformait les fermes, et avec elle disparaissait une certaine lenteur, une solidarité, une relation intime avec la terre et les animaux.

Pour nos grands-parents, cette transition fut à la fois un soulagement et un arrachement. Ils ont vu s’éteindre des gestes transmis de génération en génération, conscients qu’un mode de vie s’éloignait avec eux.

 

 Conserver ces images, et désormais ces vidéos, c’est rendre hommage à ceux qui ont vécu cette époque de transition, à leurs efforts et à la dignité tranquille avec laquelle ils ont accompagné la fin d’un monde.

prin cheval

Camille Gachignard : une génération-pont entre ruralité et vie urbaine

À travers le parcours de mon père Camille, témoin d’un siècle de bouleversements, se dessine la trajectoire d’une génération qui a su faire le lien entre le monde rural traditionnel et l’émergence de la vie urbaine moderne.

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Enfance dans la France rurale d’avant-guerre (1923–1936)


Camille naît en 1923 à Saint-Pierre-du-Chemin, en Vendée, au sein d’une famille d’agriculteurs. Dans cette France encore majoritairement paysanne, la vie quotidienne est rythmée par les saisons et les travaux des champs. Dès son plus jeune âge, Camille participe aux tâches de la ferme, l’école passant souvent au second plan. L’électricité est rare, les routes peu goudronnées, et le monde extérieur paraît lointain.

Migration et adaptation (1936)


En 1936, la famille quitte la Vendée pour s’installer à Prin-Deyrançon, dans les Deux-Sèvres, suivant un mouvement migratoire fréquent à l’époque. Ce départ offre de nouvelles opportunités agricoles, mais implique aussi un déracinement. Camille, alors adolescent, s’adapte rapidement à ce nouvel environnement et s’investit pleinement dans le travail aux champs.

La guerre et ses épreuves (1939–1945)


La Seconde Guerre mondiale éclate alors que Camille a 16 ans. Comme beaucoup de jeunes de sa génération, il doit faire face à la menace du Service du travail obligatoire (STO) instauré en 1943. Pour y échapper, il se réfugie dans une ferme vendéenne. L’Occupation allemande pèse sur les campagnes, marquant durablement cette période de son existence.

Mariage et reconstruction (1945–1960)


À la fin de la guerre, Camille épouse Léonne en 1948. Le couple s’installe à Prin-Deyrançon, où la vie reste simple et rurale. Animé par l’esprit d’initiative de l’après-guerre, Camille quitte la ferme pour devenir gérant d’épicerie à Chantonnay, incarnant ainsi cette génération qui ose changer de voie tout en restant fidèle à ses racines.

Vers la ville et la modernité (années 1960)


En 1962, la famille s’installe à Niort, dans un logement HLM, symbole de la nouvelle classe moyenne. Camille devient chauffeur aux Ponts et Chaussées, une fonction stable et représentative de l’ascension sociale de l’époque. Les Trente Glorieuses transforment le quotidien : électroménager, télévision, voiture, consommation de masse. Camille accompagne ces évolutions avec discrétion, tout en restant attaché à ses valeurs familiales.

Transmission et stabilité (années 1970–1980)


Les enfants grandissent, se marient, et Camille devient grand-père. Il profite de sa retraite à partir de 1983, partageant son temps entre le jardin, la famille et l’actualité. Sa fierté réside dans la stabilité et le travail accompli, valeurs qu’il transmet à ses descendants.

Dernières années (1989–1993)


À la fin des années 1980, Camille affronte la maladie avec courage, soutenu par sa famille. Il s’éteint en 1993, laissant le souvenir d’un homme modeste, fiable et profondément ancré dans les valeurs de sa génération : travail, loyauté, discrétion, famille.

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Camille 18 ans
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Camille et Léonne avril 1958
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​​Léonne GACHIGNARD : Une vie guidée par la famille et la fidélité

Léonne aurait pu, avec une certaine nostalgie, s’exprimer ainsi pour raconter son parcours, ses choix de vie, ses regrets mais aussi ses espoirs pour ses enfants et les générations à venir :

Je m’appelle Léonne GACHIGNARD, née Marcon, et je suis venue au monde le 7 septembre 1926 à La Rochénard, dans le sud des Deux-Sèvres. J’ai grandi dans une famille recomposée, entourée de mon frère Maurice et de mes demi-sœurs, même si c’est avec Suzanne que j’ai tissé le lien le plus fort.

Ma mère, Victoire Garnier, était originaire de Nantes. Elle m’a transmis son attachement à la ville et, comme elle, je n’ai jamais vraiment aimé la vie à la campagne. Ce déracinement a marqué mon enfance et influencé mes choix.

Pour moi, la priorité a toujours été la gestion de la maison et le bien-être de mes enfants. J’ai consacré mon énergie à leur offrir stabilité et attention, veillant à ce que notre foyer soit un lieu de réconfort. Parfois, je me suis demandé ce qu’aurait été ma vie si j’avais pu rester en ville, ou si j’avais pu poursuivre une activité professionnelle comme ma mère, couturière à Nantes. Mais j’ai choisi de m’investir pleinement dans ma famille, convaincue que c’était là ma mission.

Mon adolescence a été traversée par la Seconde Guerre mondiale, une période difficile qui a forgé ma discrétion, ma résilience et mon sens du devoir familial. La perte de ma mère en 1945, alors que je n’avais que 18 ans, a été une épreuve douloureuse qui m’a poussée à grandir plus vite.

En 1948, j’ai épousé Camille GACHIGNARD. Ensemble, nous avons construit notre vie à Prin-Deyrançon, puis à Niort, où j’ai vécu plus de cinquante ans. Trois enfants sont nés de notre union : Monique, Jean-Claude et Christian. J’ai accompagné chacun d’eux dans leur parcours, toujours présente, attentive, mais sans jamais m’imposer. J’ai voulu leur transmettre le goût de la stabilité, l’importance du foyer, mais aussi l’ouverture à d’autres horizons, espérant qu’ils puissent choisir leur propre voie, plus librement que je n’ai pu le faire.

Devenue veuve en 1993, j’ai affronté la maladie et la perte progressive de mon autonomie, mais je suis restée fidèle à mes valeurs familiales et à l’importance du foyer. Malgré les épreuves, j’ai gardé l’espoir que mes enfants et petits-enfants trouvent leur place dans un monde en mutation, tout en restant attachés à l’essentiel : la famille, la solidarité, et la fidélité à soi-même.

Je m’éteins à Niort en 2020, à l’âge de 93 ans, laissant le souvenir d’une femme discrète, attachée à sa famille, marquée par l’influence de ses racines urbaines, mais fière d’avoir su transmettre ce qui comptait le plus à ses yeux.

Léone GACHIGNARD née MARCON-Enhanced
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Camille et Léonne avril 1958
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François GACHIGNARD, « mendiant » : illustration d’une réalité sociale en Vendée au XVIIIᵉ siècle

Au-delà des parcours familiaux marqués par le travail de la terre, certains destins témoignent aussi des réalités sociales plus difficiles de l’époque. L’exemple de François GACHIGNARD, mentionné comme “mendiant” dans les registres paroissiaux du XVIIIᵉ siècle, illustre la précarité qui pouvait frapper les familles rurales vendéennes.

 

Les registres paroissiaux de Loge-Fougereuse (Vendée) mentionnent François GACHIGNARD, décédé le 8 décembre 1786 et qualifié de « mendiant ». Né vers 1720-1725, il fut domestique puis journalier, fonda une famille en épousant Marie Réau en 1749, et demeura intégré à la communauté locale.

Ce statut de « mendiant », attribué alors qu’il vivait chez ses enfants, reflète la précarité de la société rurale vendéenne du XVIIIᵉ siècle. Majoritairement agricole, cette société était marquée par de fortes inégalités et l’absence de protection sociale. Les paysans, souvent démunis, travaillaient jusqu’à un âge avancé. Maladie, accident ou mauvaise récolte pouvaient rapidement conduire à la pauvreté ou à la mendicité.

Dans ce contexte, la mendicité était une forme de survie socialement tolérée, soutenue par la solidarité villageoise. Le parcours de François GACHIGNARD illustre ainsi la fragilité de la condition paysanne et les limites du système social de l’époque, où la frontière entre pauvreté et indigence restait ténue.

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Le dernier voyage de Jean BLOCHEAU

Jean BLOCHEAU était cultivateur à la Vieille-Touche de Secondigny. Marié à Marie MORISSET, il menait une vie modeste, rythmée par les saisons, la terre et les marchés locaux. Mais en ce printemps 1801, tout bascula. Accusé d’usage de faux billets, il comparaît devant le tribunal criminel de Niort. Le verdict tombe le 3 mai 1801 : 8 ans de bagne.

Ce jour-là, il sait que cette peine équivaut presque à une condamnation à mort. Il a 43 ans, l’âge où les forces déclinent, et il connaît la réputation des bagnes : travail exténuant, maladies, brutalités. Peu d’hommes reviennent.

La chaîne de Niort à Rochefort

Après quelques semaines dans les prisons de Niort, Jean est enchaîné à d’autres condamnés. Par groupes de deux, un lourd fer aux chevilles, ils partent à pied sous bonne escorte. La route est longue. Partout, les habitants se pressent pour voir passer ce cortège misérable : hommes en sabots, vêtus d’une veste rayée, maigres, abattus, parfois insultés, parfois simplement dévisagés. Chaque pas enchaîné résonne comme un compte à rebours.

L’arrivée au bagne

Le 23 juillet 1801, Jean franchit les portes du bagne de Rochefort. Situé au bord de la Charente, l’arsenal maritime est cerné de marais. L’air y est lourd, saturé de miasmes. Les moustiques pullulent. Les fièvres frappent régulièrement les prisonniers comme les habitants, et on parle ici d’une « fièvre des marais » qui fauche des vies par dizaines.

Jean découvre les salles de détention : obscures, humides, surpeuplées. Les forçats dorment entassés, enchaînés la nuit. Le travail, lui, est harassant : tirer des cordages, charrier des madriers, racler la coque des navires, ou encore déplacer des charges lourdes sous un soleil brûlant

L’ombre de la maladie

L’été s’étire. La chaleur rend l’air irrespirable. Les marais environnants exhalent leurs relents nauséabonds. Jean, déjà affaibli par le voyage et la mauvaise alimentation, tousse, tremble de fièvre. Les journées se confondent dans la fatigue et la douleur.
En décembre, il est transféré à l’hôpital de la Marine. Les soins y sont rudimentaires, la promiscuité propice à toutes les infections.

La fin

Le 16 janvier 1802, moins de six mois après son arrivée, Jean s’éteint. Comme beaucoup d’autres, il meurt loin des siens, sans sépulture connue, réduit au silence par la maladie et l’épuisement.
Pour Marie, son épouse, et pour ceux qui l’ont connu, il ne reste qu’un souvenir douloureux, et le nom gravé dans un registre du bagne, matricule 1787

Jean BLOCHEAU fut l’un des innombrables hommes broyés par le système des bagnes.
Son histoire, aujourd’hui retrouvée, rappelle que derrière chaque matricule se cache un visage, une vie, une famille, et un drame humain

Travail sur la cordelle
Scène de détention/repos
Convoi de forçats
Vue générale du bagne
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