RACINES EN PARTAGE
Léon MARCON : Une vie en mémoire
Il est facile d’oublier, dans la frénésie de la vie moderne, le sacrifice des générations passées. Mais prendre le temps de se souvenir, de réfléchir et de reconnaître l'apport des héros de la grande guerre 14/18, nous permet de reconnecter avec notre humanité.
L’histoire de ce grand oncle Léon Marcon est celle d’un homme ordinaire devenu héros par les circonstances tragiques de son époque. Son parcours incarne le dévouement qui a marqué une génération.
Alors que nous nous dirigeons vers un avenir incertain, sa mémoire peut éclairer notre chemin. Il incarne ces valeurs universelles de solidarité et d'engagement qui, quoi qu'il advienne, ne devraient jamais être oubliées
Un homme ordinaire dans des temps extraordinaires
Né le 22 septembre 1881 à La Rochénard, petit village du sud des Deux-Sèvres, Léon avant l’engagement militaire exerçait la profession de boulanger. Mobilisé en 1902, il rejoignit l’armée à une période où le service militaire était une obligation de trois ans. Cette expérience le confronta à des réalités difficiles et à des enjeux moraux complexes, façonnant certainement son identité et son caractère.
Un parcours militaire marqué par l’adversité
Sa fiche militaire nous dévoile un homme qui, dès son incorporation au 1er régiment de zouaves en 1902, fait face à des épreuves au-delà de la guerre. Léon est condamné par le conseil de guerre en 1905 pour avoir abandonné son poste. Toutefois, dès sa libération, il reçoit un certificat de bonne conduite, signe de son engagement à redresser la situation.
Les années passées en Algérie, jusqu'en janvier 1905, marquent un tournant dans sa vie. Après sa démobilisation, il se marie avec Andréa Blanchard en 1907, mais le destin lui sera cruel avec la perte de deux enfants à la naissance. Et son chemin ne s’arrêta pas là. Les défis personnels, tels qu'une condamnation pour « banqueroute simple » en 1914, ajoutèrent une complexité à sa vie déjà mouvementée.


Sa Fiche militaire qui relate son parcours militaire mais également son court parcours de vie .
-
Né le 22 septembre 1881 à La Rochénard, canton de Mauzé, Département des Deux-Sèvres, à la Rochénard.
-
Profession de Boulanger.
-
N°12 de tirage dans le canton de Mauzé.
-
Numéro de matricule de recrutement : 206
-
Classe de mobilisation : 1902
-
Signalement : cheveux et sourcils châtains – Yeux marrons – nez petit – bouche moyenne – menton rond – visage ovale – Taille : 1m71 – pas de marques particulières.
-
Décision du conseil de révision et motifs : Bon
-
Indication des corps d’affectations : 1er régiment de Zouaves – 11éme régiment de Zouaves – Régiment d’infanterie de Parthenay – 3éme régiment d’infanterie coloniale de Rochefort.
-
Détail des services et mutations diverses :Incorporé au 1er régiment de zouaves à compter du 29 novembre 1902 N° matricule 10183 – Arrivée au corps le 2 décembre 1902 – Condamné le 7 juin 1905 par le conseil de guerre permanent de la division d’Alger à la peine de 3 mois de prison pour « abandon de son poste étant de garde » jugement exécutoire le 23 avril 1905.
-
Libéré de sa peine le 23 juillet 1905, arrivée à la compagnie et zouave de 2éme classe le 23 juillet 1905.
-
Certificat de bonne conduite accordée.
-
Campagnes : Algérie du 30 novembre 1902 au 25 janvier 1905.
-
Passé dans la réserve de l’armée active le 25 janvier 1905.
-
Dans la disponibilité : Condamné le 13 février 1914 par le tribunal correctionnel de La Rochelle à quatre mois d’emprisonnement, sursis à l’exécution pour « Banqueroute simple ».
-
-
Localités successives habitées : 21 mars 1909 : La Foye Monjault - 2 avril 1912 : Grand’rue - La Couarde - 1er décembre 1913 : Montrichard - 1er avril 1914 : La Rochénard –
-
-
Arrivée au corps le 13 aout 1914 - Caporal le 4 mars 1915 -Campagne contre l’Allemagne du 13 aout 1914 au 19 septembre 1915.
-
Tué à l’ennemi le 25 septembre 1915 à Ville Sur Tourbe – Bureau des archives administratives en date du 17 novembre 1915.

L'ombre de la guerre pèse sur lui alors qu'il est rappelé sous les drapeaux au sein du 3e régiment d'infanterie coloniale en août 1914 au moment où le conflit fait rage en Europe. Il gravit les échelons pour devenir caporal le 4 mars 1915. Engagé sur le front, il participa à la terrible « bataille de Champagne », combat qui allait le mener à sa perte. Il trouva la mort sur le champ de bataille le 25 septembre 1915 à Ville Sur Tourbe, laissant derrière lui le souvenir d'un homme qui, au-delà des épreuves, incarne l'esprit de dévouement d'une génération confrontée à l'horreur de la guerre. Son nom, inscrit dans les annales militaires, rappelle que chaque soldat, chaque homme et chaque femme a une histoire unique et précieuse. Il repose à la nécropole nationale de Pont du Marson à Minaucourt-le-Mesnil-lès-Hurlus (51) - Sépulture n° 4127 - Plaque in memoriam sur la sépulture familiale au cimetière de la Rochénard (79) .
La seconde bataille de champagne -Le dernier jour de Léon Marcon
Un peu plus d’un an après le début d’une guerre qui se voulait fulgurante, le front s’est enlisé. Des Flandres aux Vosges, l’armée allemande s’est enterrée dans tout un réseau de tranchées défensives, très organisées et fortement armées. D’offensives ponctuelles en contre-offensives, la guerre de position infligeait aux deux armées des pertes considérables et minait le moral des troupes.
Persuadé que la rupture du front était possible par des attaques puissantes localisées, le Général Joffre lance, en septembre 1915, une offensive de grande envergure en Champagne, la seconde bataille de Champagne.
Du 22 au 30 septembre 1915
En Champagne, l’assaut sera donné sur 25 kilomètres entre Aubérive dans la vallée de la Suippe et Ville-sur-Tourbe, à environ 50 kms à l’est de Reims. Objectif : rompre le front et forcer le repli de toute la partie ouest de l’armée allemande.
L’offensive
Le 25 septembre, le jour paraît, gris et humide, l'heure H est fixée à 9h15. Un commandement part : En avant !, "Vive la France !!" Sans hésitation, sur toute la largeur de l'immense front, les fantassins bleus bondissent au-dessus des parallèles de départ et s'avancent en vagues simultanées et correctement alignées. La surprise de l'ennemi est si complète que ses tirs de barrage restent sans intensité.
Les premières positions à conquérir se composaient d'un lacis de tranchées formant une série de lignes très fortes, mais dont la plupart des éléments pouvaient heureusement être observés à vue directe. D'ailleurs, nos avions, munis de télégraphie sans fil, continuaient à se mouvoir dans le ciel pluvieux et à observer les faits et gestes de l'ennemi.
Certaines organisations de celui-ci, comme la Main-de-Massiges et la butte du Mesnil, constituaient de véritables forteresses avec abris blindés, à l'épreuve des projectiles les plus puissants, et communications souterraines.
La butte du Mesnil possédait, en outre, des tranchées de soutien établies à contre-pente dans les bois; Elles échappaient ainsi à la vue de nos observatoires. Une organisation identique existait à l'est de la Main-de-Massiges, entre l'Arbre-aux-Vaches et l'ouvrage Pruneau Au sortir des parallèles de départ, les vagues d'assaut successives n'étaient séparées que par un intervalle de cinquante à cent mètres. Sur presque tous les points, elles ne tardèrent pas à se fondre en une ligne unique, ligne qui manqua souvent d'ordre et de cohésion, nos soldats se mettant alors à courir individuellement vers les objectifs assignés à tous. Heureusement, nos pièces lourdes avaient si complètement haché les réseaux qu'en de très nombreux secteurs du front attaqué nous atteignîmes les tranchées d'un seul élan. Notre progression se poursuit alors, malgré les mitrailleuses et la mousqueterie. Tous les boyaux sont bondés de cadavres allemands, fauchés par notre terrible préparation d'artillerie. Mais nous n'occupons pas avec autant de facilité les centres puissamment fortifiés que les Allemands avaient établis en maints endroits de leur première ligne.
Nos soldats ne les enlèvent qu'au prix des plus héroïques sacrifices.
Main de Massiges 3éme régiment colonial
A l'est de la Main-de-Massiges, de l'ouvrage Pruneau qu'il occupait, le 3e régiment colonial avait reçu comme objectifs le village de la Justice et le petit bois de l'Oreille. Une effroyable averse de projectiles l'accueille presque au débouché de la parallèle de départ. Les commandants Posth et Raudot et un grand nombre d'officiers roulent à terre pour ne plus se relever. Une tempête de malédictions s'élève des rangs de nos marsouins lorsqu'ils constatent qu'en face d'eux les fils de fer de l'ennemi ont échappé au pilonnage de l'artillerie. Néanmoins, à force de vaillance et d'opiniâtreté stoïques, ils atteignent la première tranchée adverse, et s'y maintiennent au prix des plus cruels sacrifices. Le lieutenant-colonel Condamy, qui commande le régiment, est sorti avec la seconde vague. Auprès de lui se tiennent le capitaine Madec, son adjoint, et l'adjudant Faucher. Il arrive jusqu'à la tranchée ennemie et s'y jette. A ce moment, les Allemands prononcent une violente contre-attaque. Donnez-moi un fusil, demande Condamy aux soldats qui l'entourent. On lui en passe un.
Il prend place au parapet et commence le coup de feu. Mais à peine a-t-il brûlé quelques cartouches qu'il reçoit une balle dans la bouche et tombe inanimé au fond de la tranchée. C'est en vain que le capitaine Madec lui prodigue ses soins. Le colonel meurt dans les bras de son adjoint, tandis que l'adjudant Faucher s'effondre sur eux, frappé au cœur par une balle. Furieux de là mort du chef et jurant de le venger, le 3e régiment colonial ne veut pas entendre parler d'abandonner le terrain et tend toutes ses volontés vers la victoire. A la suite d'un combat acharné à la grenade, les marsouins s'emparent d'un important réseau de retranchements. Cette lutte se poursuit sur plusieurs points durant quatre jours; et, le 29 septembre, l'offensive du régiment reprend avec une intensité qui achève de démoraliser l'ennemi et de faire tomber ses défenses.
Bilan de la première journée d’offensive
Cette sanglante journée du 25 septembre s'acheva sous la pluie qui n'avait guère discontinué depuis le début de l'attaque. Sur la grande plaine champenoise une nuit très noire s'étendit, éclairée de temps à autre par les sillons lumineux des fusées. La fatigue de nos soldats se doublait d'une amère déception. Ils avaient espéré que cette offensive, si minutieusement préparée, les conduirait à une prompte et décisive victoire. Hélas ! Après la griserie des premiers succès, il fallait se résigner à de nouveaux efforts, de nouveaux sacrifices.
Cependant, tout s'était passé suivant les instructions données par le Haut Commandement. Les objectifs situés dans la première ligne ennemie avaient, pour la plupart, été dépassés. Nos batteries de campagne avaient franchi boyaux et tranchées et avaient suivi et soutenu efficacement notre avance victorieuse. Les réserves avaient bien rempli leur rôle. Mais la deuxième ligne allemande était demeurée inaccessible dans tout son ensemble. Notre État-Major n'en avait eu qu'imparfaitement connaissance; la puissance de ses défenses ainsi que l’habileté de son établissement avaient provoqué chez les troupes d'assaut une désolante surprise. Cette deuxième ligne, située sur le versant nord de la Dormoise, s'était trouvée hors de la portée de notre artillerie de campagne. Elle sortait à peine de terre à la fin de juillet; mais, dès qu'avaient commencé nos travaux d'approche, l'ennemi s'était mis à y travailler fiévreusement.
Nos pièces lourdes avaient bien essayé de gêner ce travail, puis d'en détruire les effets. Malheureusement, elles étaient trop peu nombreuses et trop mal approvisionnées pour pouvoir obtenir un résultat sérieux. Malgré tout, au moment de l'attaque, les tranchées n'étaient pas encore complètement terminées sur la croupe de l'Arbre 193 et à l'ouvrage de la Vistule. Par contre, les organes de flanquement se trouvaient tous en place, ainsi que les réseaux barbelés qui présentaient même une résistance et une épaisseur inaccoutumées. Les cisailles de nos soldats ne parvinrent pas à les couper. La force de cette ligne était doublée par son tracé à contre-pente, qui la rendait absolument invisible à nos observatoires terrestres. Néanmoins, dans la soirée du 25, nos troupes avaient gagné, sur tout le front de bataille, une appréciable profondeur de terrain. Quatre avances étaient particulièrement à signaler, en raison de leur importance tactique une, assez légère, en direction de Saint-Souplet ; deux, plus importantes, dans la région nord de Souain et de Perthes-les-Hurlus ; la quatrième dans la région de Maisons-de-Champagne et de la Main-de-Massiges. La lutte allait se poursuivre les jours suivants et se prolonger, après une courte interruption, jusqu'au 7 octobre.
Bien qu'elle n'eût pas donné les résultats qu'on en attendait, cette bataille de Champagne ne resta pas sans fruits.
Les forces germaniques, surprises par la violence de nos assauts, se virent contraintes de nous abandonner sur un front de vingt-cinq kilomètres, une moyenne de quatre kilomètres de terrain en profondeur, qui constituaient une zone de défenses formidables et réputées imprenables. L'ennemi laissait entre nos mains 26000 prisonniers dont 350 officiers, 150 canons, un abondant matériel de siège et de combat. Sur les 200.000 Allemands engagés au cours de l'action, 140.000 avaient été tués, blessés ou prisonniers. Sans doute, éprouvions-nous une cruelle déception.
Si, dans l'après-midi du 25 septembre, les 27e, 28e et 22e-divisions étaient parvenues à quelques centaines de mètres des tranchées de l'Arbre 193 et de la Vistule, si elles avaient pu rompre cette mince ligne d'ouvrages, c'était le passage à la guerre en rase campagne, la victoire stratégique après la victoire tactique.
La bataille de Champagne n'en démontrait pas moins la difficulté, sinon l'impossibilité d'emporter d'un même élan les positions successives de l'ennemi.
Telle quelle, elle infligeait à celui-ci une forte diminution matérielle et morale, elle affirmait avec éclat la valeur de nos troupes et faisait croître dans les cœurs français cette force qui les a soutenus jusqu'à la fin de la guerre : l'espoir.
