AU FIL DES ROUTES ET DES SOUVENIRS
Le dernier voyage de Jean BLOCHEAU
Jean BLOCHEAU était cultivateur à la Vieille-Touche de Secondigny. Marié à Marie MORISSET, il menait une vie modeste, rythmée par les saisons, la terre et les marchés locaux. Mais en ce printemps 1801, tout bascula. Accusé d’usage de faux billets, il comparaît devant le tribunal criminel de Niort. Le verdict tombe le 3 mai 1801 : 8 ans de bagne.
Ce jour-là, il sait que cette peine équivaut presque à une condamnation à mort. Il a 43 ans, l’âge où les forces déclinent, et il connaît la réputation des bagnes : travail exténuant, maladies, brutalités. Peu d’hommes reviennent.
La chaîne de Niort à Rochefort
Après quelques semaines dans les prisons de Niort, Jean est enchaîné à d’autres condamnés. Par groupes de deux, un lourd fer aux chevilles, ils partent à pied sous bonne escorte. La route est longue. Partout, les habitants se pressent pour voir passer ce cortège misérable : hommes en sabots, vêtus d’une veste rayée, maigres, abattus, parfois insultés, parfois simplement dévisagés. Chaque pas enchaîné résonne comme un compte à rebours.
L’arrivée au bagne
Le 23 juillet 1801, Jean franchit les portes du bagne de Rochefort. Situé au bord de la Charente, l’arsenal maritime est cerné de marais. L’air y est lourd, saturé de miasmes. Les moustiques pullulent. Les fièvres frappent régulièrement les prisonniers comme les habitants, et on parle ici d’une « fièvre des marais » qui fauche des vies par dizaines.
Jean découvre les salles de détention : obscures, humides, surpeuplées. Les forçats dorment entassés, enchaînés la nuit. Le travail, lui, est harassant : tirer des cordages, charrier des madriers, racler la coque des navires, ou encore déplacer des charges lourdes sous un soleil brûlant
L’ombre de la maladie
L’été s’étire. La chaleur rend l’air irrespirable. Les marais environnants exhalent leurs relents nauséabonds. Jean, déjà affaibli par le voyage et la mauvaise alimentation, tousse, tremble de fièvre. Les journées se confondent dans la fatigue et la douleur.
En décembre, il est transféré à l’hôpital de la Marine. Les soins y sont rudimentaires, la promiscuité propice à toutes les infections.
La fin
Le 16 janvier 1802, moins de six mois après son arrivée, Jean s’éteint. Comme beaucoup d’autres, il meurt loin des siens, sans sépulture connue, réduit au silence par la maladie et l’épuisement.
Pour Marie, son épouse, et pour ceux qui l’ont connu, il ne reste qu’un souvenir douloureux, et le nom gravé dans un registre du bagne, matricule 1787
Jean BLOCHEAU fut l’un des innombrables hommes broyés par le système des bagnes.
Son histoire, aujourd’hui retrouvée, rappelle que derrière chaque matricule se cache un visage, une vie, une famille, et un drame humain
![]() |
|---|
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |




